Samedi 12 novembre 2011
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Paru aux Editions Mutine la semaine prochaine le livre de Jean Guiloineau et Jean Kerleroux pour les dessins.
Préface de Marie-Thèrèse Mutin

PREFACE AU LIVRE
LA DOUBLE MORT D’UNE RÉPUBLIQUE ORDINAIRE .
De JEAN GUILOINEAU
Il n’aura pas fallu plus de six mois à de Gaulle en 1958 pour abattre la République, et 4 ans pour l'achever en 1962 par
le référendum instituant l'élection du Président au suffrage universel.
La première mort c'est le coup d'état du 13 mai 1958, que les gaullistes ont justifié par une attaque incessante de la
4eme République et du "régime des partis", régime soi-disant rendu impuissant par l'instabilité gouvernementale. Or Jean Guiloineau démontre que malgré la valse des gouvernements, la 4 ème
République a un bilan exceptionnel : elle a réussi à panser les plaies de cinq années de guerre et d'occupation, à remettre sur pied une administration en loques et à reconstruire un pays
dévasté. Un résultat qui laisse à penser qu'un gouvernement n'a pas grande utilité ; quand il n'est pas nuisible ! Ce constat est confirmé, en cet été 2011, par la situation de la Belgique :
alors que la France de Sarkozy et l'Allemagne de Merkel avouent une croissance nulle pour ce deuxième trimestre, la Belgique privée de gouvernement depuis plus d'un an affiche une croissance
insolente !
Certes, personne, pas même Jean Guiloineau, ne préconise l'abandon de l'exécutif ! Simplement, il date la seconde mort de
la République du référendum-plébiscite, ce Canada dry de la démocratie, du 28 décembre 1958, approuvant la Constitution de la V ème République.
Une constitution faite par de Gaulle pour de Gaulle car «la conception gaulliste de la politique c'est "un guide, un
peuple". Un peuple uni, rassemblé, un guide inspiré qui a une vision, une certaine idée de la France» !
Or pour la gauche, « une nation est composée de groupes ayant des intérêts différents voire antagonistes. Des
classes et au-delà une lutte des classes. » Contrairement à la droite qui vomit le "régime des partis", la
gauche en a donc besoin. « Le parti est un groupe de personnes défendant une même opinion, une association de personnes réunies pour défendre des buts, des intérêts communs.»
Pas d'homme providentiel mais un projet de société et des partis forts pour l'appliquer. C'est ce qui explique la violente
attaque de François Mitterrand contre cette constitution, l'un des rares députés à avoir voté contre, et qui en démontrera avec brio, en 1964, dans son livre Le coup d'état
permanent, toute la nocivité. Dix-sept ans plus tard, devenu président de la république grâce au suffrage
universel, à un projet de société et à la force des partis de gauche (et pas forcément au slogan La force tranquille comme aime à s'en gargariser le publiciste Jacques Séguéla !!!) François Mitterrand jugera inutile de "continuer de promener une
polémique qui appartient à l'histoire." !
Dès lors, toute la vie politique tourne autour de cette élection. Le Parti socialiste, parti de lutte de classes, devient
le parti du président puis du ou des présidentiables. Au lieu de réformer la constitution, on réforme le parti : les courants d'idées qui en faisaient la richesse démocratique deviennent des
écuries présidentielles ; le premier secrétaire, jusque-là leader du texte d'orientation politique majoritaire au vote du Congrès, est élu au suffrage direct d'abord des délégués puis des
adhérents, sans aucune référence au projet défendu. Et pour couronner le tout, on institue des primaires pour désigner le candidat, laissant de fait la décision non plus à la réflexion des
militants mais aux journalistes et aux sondeurs !
Pour exister les autres partis sont contraints de présenter un candidat au poste suprême, d'où la multitude des candidats
plus fantaisistes les uns que les autres.
Parlant du livre d'Arnaud Montebourg "La VIème Républiqueet des positions du groupe CR6, Jean Guiloineau souligne : « Ils posent la question de l'irresponsabilité du Président de la
République. Ils redéfinissent ses fonctions mais, comme intimidés par leur propre audace, ils conservent inutilement l'élection du Président de la République au suffrage universel.»
Nombre d'hommes politiques de gauche (je n'ose pas dire de responsables !) sont d'accord en privé sur cette analyse mais
aucun n'a le courage de faire campagne pour l'abolition de l'élection du président au suffrage universel parce que c'est celle qui passionne le plus les Français, aucun n'a le courage d'affronter
l'opinion publique et de l'éduquer.
Et pourtant, il serait simple d'expliquer à ces électeurs qui se plaignent de la pauvreté du débat, des dérives de la vie
politique, dans la presse people ou les émissions de variétés plus vulgaires les unes que les autres, que ces dévoiements sont le résultat de la personnalisation du pouvoir. Il faut se démarquer
des autres candidats accessoirement par le programme mais surtout par le comportement, la force d'un slogan, le look, la petite phrase assassine, de préférence contre le concurrent de son
camp…
Dans ce pamphlet citoyen, Jean Guiloineau explique avec clarté et pugnacité ce qu'a de pernicieux cette "originalité
française". Il démontre comment une propagande bien orchestrée peut asphyxier un peuple et, sous couvert de démocratie, lui ôter tout pouvoir.
La force de suggestion des dessins de Jean Kerleroux vient renforcer le propos.
La double mort d'une République ordinaire, pamphlet citoyen, est à lire et à méditer à la veille de cette nouvelle
élection présidentielle.
Marie-Thérèse MUTIN